pas de catastrophisme mais prudence nécessaire

Cette étude a été demandée en juin dernier conjointement par la Ministre wallonne de l’Environnement et la Ville de Mons. En effet, Céline Tellier s’est rendue à Obourg à la demande du Bourgmestre Nicolas Martin et de l’Echevine de l’environnement Catherine Marneffe afin de rencontrer les acteurs locaux, suite à la publication de premiers résultats de l’AFSCA montrant des signes d’une pollution aux PCB dans l’alimentation animale de deux exploitations agricoles situées à proximité des deux entreprises Holcim et Comet SAMBRE.

Ce qu’il ressort de ce bilan : le niveau de risque montre qu’il n’y a pas de danger immédiat pour la santé de la population mais nécessite de prendre des mesures préventives en cas d’exposition chronique.

Parmi les conclusions à retenir :

  • les analyses ont montré les effets additionnés de deux réalités bien distinctes : une pollution historique dont la localisation est disparate dans l’espace et un dépôt de poussières plus récentes ;

  • les analyses de sols ne permettent pas de déterminer l’origine de la pollution, ni de définir la responsabilité respective des deux entreprises (HOLCIM et COMET SAMBRE) se situant à proximité des parcelles échantillonnées ;

  • En ce qui concerne la chaîne alimentaire commerciale, l’AFSCA, sous la responsabilité du Ministre fédéral de l’Agriculture, Denis Ducarme, a bloqué temporairement les deux exploitations agricoles. Les investigations de l’AFSCA se poursuivent ;

LES PRECAUTIONS RECOMMANDEES PAR LA REGION WALLONNE :

Les analyses permettent de préciser les mesures de précaution à prendre :

  • de se laver fréquemment les mains en redoublant de vigilance pour les enfants de 0 à 2 ans ;

  • de veiller à éliminer un maximum de poussières des habitations ;

  • de limiter la consommation d’œufs produits autour de la zone industrielle.

En ce qui concerne les élevages de poules et afin de réduire le risque de contamination des œufs, le SPF Santé Publique recommande à l’échelle belge :

  • de limiter les contacts de la poule avec le sol nu (terre) et de mettre de l’herbe au sol

  • paver l’intérieur du poulailler ;

  • prévoir un point de nourrissage à l’intérieur du poulailler ;

  • prévoir un espace suffisant par poule (10 à 25 m² par poule).

L’ensemble des recommandations se trouve sur le site http://environnement.sante.wallonie.be

La Région wallonne ET LA Ville de Mons poursuivent par ailleurs les actions suivantes :

1/ L’entreprise COMET SAMBRE a procédé à l’installation d’un nouveau filtre afin de respecter les normes plus sévères imposées par la Wallonie en diminuant les émissions canalisées et diffuses de polluants. Les tests sont en cours pour vérifier l’efficacité de cette nouvelle installation.

2/ Le 11 septembre dernier, la Ministre de l’Environnement, Céline Tellier, a plaidé auprès du Commissaire européen Virginijus Sinkevicius pour une harmonisation européenne de ces normes imposées aux broyeurs à métaux. Pour rappel, la Wallonie a imposé dès 2018 les normes les plus sévères d’Europe en la matière.

3/ Une étude sur la caractérisation des flux entrants dans les broyeurs a également été demandée : il s’agira d’écarter du broyage un maximum de produits contenant les polluants concernés.

La Ministre Tellier rappelle : « Vu l’impact sur la chaîne alimentaire mis en évidence par l’AFSCA, il était crucial de ne prendre aucun risque pour la santé des citoyens. Le travail d’analyses va se poursuivre ainsi que les contrôles pour vérifier que les émissions de polluants répondent bien aux nouvelles normes imposées par la Wallonie au secteur des broyeurs à métaux.»

De son côté, l’échevine de l’Environnement Catherine Marneffe précise : « La collaboration entre la Ville de Mons et les autorités wallonnes a permis que la situation environnementale d’Obourg fasse l’objet d’analyses approfondies des concentrations de polluants et de leurs impacts sur la santé. Nous sommes rassurés que ces études montrent qu’il n’y a pas de danger immédiat pour notre population et que les mesures permettant de réduire la pollution en amont aient continuées à être prises en parallèle des analyses, notamment la mise en place de filtres supplémentaires et de plans de réduction des émissions diffuses ».

ET POUR CEUX QUI SOUHAITENT PLUS DE DETAILS TECHNIQUES

Le rapport final de cette étude (des prélèvements doivent encore être réalisé en octobre) sera disponible sur le site http://environnement.sante.wallonie.be d’ici la fin de l’année.

En attendant et en complément des infos disponibles via https://bit.ly/334kUpD, voici les principaux éléments

Résultats des analyses

Dans les sols agricoles :17 points de prélèvements ont été analysés (14 dans la zone et 3 témoins)

Les teneurs en PCB à ces points de prélèvements varient entre 2 et 9 ng TEQ/ kg MS

Considérant l’absence de normes pour les PCB dans le décret sol 2018, ces valeurs ont été comparées aux normes suisses : les concentrations analysées ne dépassent pas ces normes et sont similaires aux concentrations de fond en zones urbanisées (0,6 à 14,7 ng)

Pour aller plus loin, ces concentrations en PCB ont été comparées à des VHL (valeurs indicatives au-delà desquelles un risque pour la santé humaine ne peut pas être exclu).

Les 17 échantillons dépassent les VHL agricoles, y compris donc les points « témoins » qui ne subissent pas le nuage de dispersion du site industriel.

Dans les poussières : 5 échantillons ont été prélevés dans les poussières issues de sac d’aspirateurs des maisons. A nouveau, pas de normes de référence en RW mais concentrations significatives en PCB et dioxine ainsi que localement en certains métaux

Dans les mousses (une année de croissance afin d’évaluer la pollution récente) : des prélèvements ont été réalisés dans 12 jardins dont 1 témoin

Un point de prélèvement à 300 m du site indsutriel est considéré dans le « rouge » tant pour les PCB, que pour les dioxines et les métaux rouges.

5 points avec un indicateur en « orange » ou en « vert » dans le panache de dispersion et dans les vents dominants.

6 points verts dont 1 témoin hors du panache de dispersion

Dans les œufs : 9 récoltes d’œufs ont été analysées et comparés aux normes utilisées par l’AFSCA pour les œufs mis en vente. Ces échantillons présentaient des teneurs en PCB variant de 2,5 à 27,98 pg TEQ/g MG.

3 échantillons étaient en vert (inférieurs aux normes). 2 échantillons dépassaient les normes pour les 3 facteurs (PCB, Dioxine et métaux). 4 échantillons dépassaient les normes pour 1 des facteurs. Attention que les résultats étaient peu corrélés avec la distance. Il semblerait donc, d’après les experts, que plusieurs résultats soient liés à une pollution du sol indépendante des émissions atmosphériques d’Obourg (probablement liés à des pratiques anciennes d’incinération dans les jardins)

Cette situation est d’ailleurs généralisée à l’échelle belge où les valeurs varient de 1,5 à 95,35 pg TEQ/g MG. Les recommandations concernant la consommation d’œufs de poule autoproduits sont donc valables partout où on ne connait pas l’historique de la parcelle.

Conséquences sur la santé humaine

L’ensemble de ces données ont été intégrées dans un modèle d’analyses de risque.

Ce modèle mesure deux types de risque : les effets à seuil et les effets sans seuil.

On parle de VTR (Valeur toxicologique de référence ) « à seuil de dose » pour les substances qui provoquent, au-delà d’une certaine dose, des dommages dont la gravité est proportionnelle à la dose absorbée.

Les VTR « sans seuil de dose », quant à elles, concernent les substances pour lesquelles il existe une probabilité, même infime, qu’une seule molécule pénétrant dans un organisme puisse provoquer des effets néfastes à celui-ci.

Concernant les concentrations mesurées dans ce bilan, il n’y a pas d’effet sanitaire à seuil.

Pour les effets sans seuil, les résultats sont exprimés en nombre de cas susceptibles de se manifester pour une exposition donnée pendant une vie entière.  Ces risques sont inférieurs à 1/100 000 partout et pour toutes les molécules. Cela signifie que sur 100 000 personnes qui seraient exposées pendant toute une vie à ces molécules, 1 personne développerait des effets.  Sans tenir compte de l’impact des œufs, ce risque descend à 1 cas sur 1 millions.

Plan d’actions

Révision du permis environnement :

  • Les normes d’émissions canalisées (à la sortie de la cheminée) pour les broyeurs à métaux adoptée en 2018 sont rentrées en vigueur en aout 2020.
  • Les normes relatives aux émissions diffuses sont en cours de révision
  • Des normes sectorielles sont en cours de rédaction par le SPW

Mesures en cours de mise en œuvre au niveau du broyeur :

  • Arrosage systématique et quotidien des poussières
  • Installation d’un filtre à charbon actif
  • Plan de réduction des émissions diffuses
  • Mise en place d’un hangar de démantèlement préalable des matériaux qui rentrent dans le broyeur


Contrôle et suivi :

  • Campagne de contrôle des émissions à la sortie des cheminées
  • Contrôle des jauges OWEN autour des sites

Lien vers l’article OBOURG : LE PCB, COMET SAMBRE ? VOUS… ET NOUS

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